Psychologie

Mantras pour ados : pourquoi « je suis génial » ne marche pas (et ce qui marche mieux)

Les phrases positives à se répéter sont partout : sur les réseaux, dans les livres de développement personnel, sur les murs des chambres. Pour un adolescent qui traverse une mauvaise passe, elles peuvent pourtant sonner faux, voire aggraver le malaise. La recherche permet de comprendre pourquoi, et de repérer les phrases qui aident vraiment.

Quand une phrase positive fait plus de mal que de bien

En 2009, la psychologue Joanne Wood et ses collègues de l’Université de Waterloo ont testé une idée très répandue : se répéter une phrase positive sur soi améliorerait le moral et l’estime de soi. Ils ont demandé à des étudiants de se redire « Je suis une personne digne d’être aimée ».

Chez ceux qui avaient déjà une bonne estime d’eux-mêmes, l’effet était légèrement positif. Chez ceux dont l’estime était basse, c’était l’inverse : ils se sentaient moins bien qu’avant. L’explication avancée est simple. Quand une phrase contredit ce qu’on pense de soi, l’esprit produit des contre-arguments (« ce n’est pas vrai », « la preuve, hier… »), et ce sont eux qui finissent par l’emporter.

Un détail de l’étude est particulièrement intéressant : les participants à qui l’on permettait de penser aux moments où la phrase était vraie et à ceux où elle ne l’était pas allaient mieux que ceux à qui l’on demandait de n’y voir que du vrai. Autoriser la nuance aidait davantage que forcer l’optimisme.

À l’adolescence, le regard sur soi fluctue beaucoup. Demander à un ado qui se sent nul de répéter « je suis génial », c’est lui demander de croire quelque chose que tout en lui conteste. Le risque est qu’il en conclue surtout qu’il n’arrive même pas à se sentir mieux.

Ce qui fonctionne mieux : des phrases qu’on peut croire

Les travaux sur l’autocompassion, menés notamment par la chercheuse Kristin Neff, proposent une autre voie. Il ne s’agit pas de se convaincre qu’on est formidable, mais de se traiter avec la même gentillesse qu’on aurait pour un ami en difficulté, de reconnaître que la souffrance fait partie de toute vie humaine, et d’observer ses émotions sans s’y noyer.

Une méta-analyse publiée en 2018, qui rassemble 19 études et plus de 7 000 jeunes de 10 à 19 ans, retrouve un lien fort entre autocompassion et niveaux plus faibles d’anxiété, de dépression et de stress. Il s’agit de corrélations : elles ne prouvent pas qu’une phrase suffit à aller mieux, mais elles indiquent dans quelle direction chercher.

Concrètement, les phrases qui aident se rangent souvent dans trois familles.

Les phrases de permission. « J’ai le droit de ne pas aller bien. » « J’ai le droit de dire non. » Elles n’exigent aucun état particulier, elles autorisent. Il n’y a rien à contester.

Les phrases de recul. « Ce que je ressens est passager. » « Une erreur ne dit pas qui je suis. » Elles séparent l’émotion ou l’acte de la personne. Les travaux de Carol Dweck et Melissa Kamins vont dans ce sens : les enfants critiqués sur ce qu’ils sont, plutôt que sur leur façon de faire, se découragent davantage face à l’échec.

Les phrases d’action. « Je respire. Une chose à la fois. » « Demander de l’aide, c’est une force. » Elles indiquent un premier pas possible plutôt qu’un état à atteindre.

Le test du mauvais jour

Avant d’adopter une phrase, une seule question : est-ce que je pourrais la croire un jour où tout va mal ? Si la réponse est non, elle risque de se retourner contre celui qui la répète.

Aider votre ado à trouver sa propre phrase

Proposez, ne prescrivez pas. Un mantra imposé par un parent devient vite une consigne de plus. Laissez votre enfant choisir parmi plusieurs phrases, les reformuler à sa façon ou en écrire une. Ses mots à lui comptent davantage que les vôtres.

Le « tu » peut aider. Des recherches menées par Ethan Kross montrent que se parler à la deuxième personne, ou par son prénom, aide à prendre du recul face au stress. « Tu as le droit de ne pas aller bien » peut paraître moins artificiel à certains ados que la version en « je ».

N’en faites jamais une réponse à sa détresse. Lancer « répète ton mantra » à un ado qui pleure revient à lui dire de se débrouiller seul. Le mantra est un appui pour les moments où il est seul. Quand il vient vers vous, c’est votre écoute qu’il cherche.

Gardez en tête les limites. Une phrase aide à traverser un moment difficile ; elle ne soigne pas une souffrance qui s’installe. Si le malaise dure plusieurs semaines, perturbe le sommeil, la scolarité ou les amitiés, il est temps d’en parler à un médecin. Votre ado peut aussi appeler le Fil Santé Jeunes au 0800 235 236, gratuit et anonyme.

Et si le meilleur mantra était une valeur ?

En psychologie sociale, « s’affirmer » ne veut pas dire se répéter qu’on est formidable. Dans la théorie de l’affirmation de soi, développée par Claude Steele puis par Geoffrey Cohen et David Sherman, il s’agit de se rappeler ce qui compte pour soi, souvent par un court exercice d’écriture sur une valeur importante. Ces exercices aident certaines personnes à mieux faire face aux situations menaçantes, notamment à l’école, même si les effets varient beaucoup selon les études et les contextes.

L’idée est précieuse pour les adolescents. On ne leur demande plus de croire qu’ils sont géniaux, mais de se souvenir de ce à quoi ils tiennent. « La justice compte pour moi. » « Je tiens à mes amitiés. » Ce sont des phrases vraies, y compris un mauvais jour.

La Roue des valeurs, kit parent-ado

Douze valeurs et leurs questions de connexion, des cartes de dialogue, une page de mantras à découper avec une case « Mon mantra à moi », un journal personnel et des fiches pour l’ado. Un support pour parler de ce qui compte, sans chercher à être d’accord.

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Sources

Cohen, G. L., & Sherman, D. K. (2014). The psychology of change: Self-affirmation and social psychological intervention. Annual Review of Psychology, 65, 333–371.

Kamins, M. L., & Dweck, C. S. (1999). Person versus process praise and criticism: Implications for contingent self-worth and coping. Developmental Psychology, 35(3), 835–847.

Kross, E., Bruehlman-Senecal, E., Park, J., et al. (2014). Self-talk as a regulatory mechanism: How you do it matters. Journal of Personality and Social Psychology, 106(2), 304–324.

Marsh, I. C., Chan, S. W. Y., & MacBeth, A. (2018). Self-compassion and psychological distress in adolescents: A meta-analysis. Mindfulness, 9(4), 1011–1027.

Neff, K. D. (2003). Self-compassion: An alternative conceptualization of a healthy attitude toward oneself. Self and Identity, 2(2), 85–101.

Wood, J. V., Perunovic, W. Q. E., & Lee, J. W. (2009). Positive self-statements: Power for some, peril for others. Psychological Science, 20(7), 860–866.


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