Psychologie

Goût de l’effort et gratification : une cause de la dépression dans notre société ?

Et si nous devenions chroniquement dépressifs à force de ne pas faire d’efforts ?

C’est l’analyse de Martin Seligman qui s’appuie sur les principes de la psychologie positive où est établie une distinction entre la gratification et le plaisir.

Le plaisir est source d’émotions positives, certes, mais pas de bonheur.

Le véritable vecteur de bonheur est la gratification. Explication.

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Définissons la gratification :

La gratification se ressent lorsque nous pratiquons une activité qui se caractérise ainsi :

– la tâche est difficile et nécessite des compétences 

– une intense concentration

– des objectifs précis

– un feedback immédiat

– une profonde implication

– un sentiment de contrôler la situation

– un sentiment de soi qui disparait

– le temps s’arrête

 

Notez que les personnes qui ressentent cette gratification n’éprouvent aucune « émotion positive » comme le plaisir, l’euphorie, l’extase. Elles sont dans un état de « flux », complètement absorbées dans leur tâche.

Selon Martin Seligman,

La conscience et l’émotion sont là pour corriger notre trajectoire ; lorsque ce que nous faisons est parfait, nous n’en avons pas besoin.

 

Quid de la dépression chez les jeunes ?

Mike Csikszentmihalyi, qui a fortement inspiré Martin Seligman, a étudié qui éprouvait cet état de flux en suivant 250 adolescents ayant un haut niveau de flux et 250 adolescents ayant un faible niveau de flux.

voici ses conclusions :
  • Ceux qui ont un faible niveau de flux sont des « consommateurs » : ils fréquentent souvent les centres commerciaux et regardent beaucoup la télévision.
  • Ceux qui ont un haut niveau de flux ont des passions, font du sport et passent beaucoup de temps à faire leurs devoirs.

 

Plus tard, les enfants à haut niveau de flux sont ceux qui poursuivent leurs études, qui ont des liens sociaux plus solides et sont ceux dont la vie est plus réussie.

Comme si le flux permettait de construire un capital psychologique pour l’avenir…

 

Pourtant, nous choisissons souvent le plaisir immédiat plutôt que la gratification. Pourquoi ?

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Ceci est un plaisir immédiat…

 

 

 Pourquoi évitons-nous le flux ?

Il y a six raisons qui nous poussent à éviter soigneusement d’ouvrir un livre plutôt que de regarder la télévision ou plus généralement à opter pour un plaisir immédiat plutôt qu’une gratification.

– les gratifications sont contraignantes

– elles requièrent des compétences, de l’effort, de la discipline

– elles peuvent échouer

– elles produisent du changement

– elles peuvent provoquer de l’anxiété

– elles présentent des coûts d’opportunité 

 

Ce sont là des obstacles de taille. Les plaisirs sont plus simples…mais moins gratifiants sur le long terme.

Mais admettons aussi que ce sont là des interprétations de symptômes. Comme pour le stress, si nous expliquons que ces six raisons sont bénéfiques à notre bonheur pour le long terme, nous allons commencer à les aimer et à ne plus les éviter.

La clé est ici.

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La gratification : un puissant antidote à l’épidémie de dépression chez les jeunes 

Quand nous sommes déprimés, nous nous replions sur nous-même. Nous nous focalisons sur la façon dont nous nous sentons. Nous donnons de la consistance à la tristesse que nous avons et en recouvrons notre monde.

Une des façons de stopper cette concentration excessive est de viser l’état de flux. Car cet état nous permet de cesser de nous concentrer sur nous.

Donc, il est indispensable d’atténuer les plaisirs (qui ne rendent pas durablement heureux) au profit de la gratification.

Il s’agit de travailler, de faire des efforts et non de succomber aux tentations des plaisirs faciles.

 

Je reproduis les mots de Mike Csikszentmihalyi :

« Le plaisir est une puissante source de motivation, mais il ne produit pas de changement ; c’est une force conservatrice qui nous fait désirer de satisfaire les besoins existants, parvenir au confort et à la détente…En revanche, la jouissance (gratification) n’est pas toujours agréable et peut-être parfois stressante. Un alpiniste peut être transi de froid, totalement épuisé, il risque de tomber dans une crevasse sans fond, pourtant il ne voudrait être nulle part ailleurs. Siroter un cocktail sous un palmier au bord d’une mer turquoise est agréable, mais cela n’est pas comparable à l’euphorie ressentie sur une crête gelée. »

 

Conseils pour atteindre l’état de flux pour vous et vos ados : 

Voici une to-do list synthétique pour « travailler à votre bonheur » et à celui de vos enfants.

 

  • Pour un adulte :

– découvrez vos forces  pour pouvoir les utiliser

– trouvez votre élément, votre passion, votre sujet de prédilection

– entrainez-vous encore et encore pour devenir un expert (formez-vous si nécessaire)

– fixez-vous des objectifs auto-concordants

– faites des efforts chaque jour (serrez le poing pour vous donner de la force)

– ne prenez pas de raccourcis. Ne visez pas la facilité

– apprenez de chaque erreur (ne les fuyez ou ne les ignorez pas)

– encouragez-vous régulièrement dans la journée pour renforcer votre détermination (en vous répétant que vous pouvez y arriver car vous le voulez)

– Evitez les plaisirs faciles : éteignez la télé, cessez la consommation à outrance ou les achats compulsifs…

 

  • Pour un enfant/un ado :

– Guidez-le afin qu’il trouve ses forces en lui faisant tester de nombreuses disciplines artistiques, sportives, etc. : vous saurez qu’il est dans son élément quand il atteindra un grand niveau de concentration et qu’il vous posera des questions (curiosité)

– aidez-le à développer ses forces

– offrez-lui des expériences plutôt que des jouets

– mettez des livres à sa portée et montrez-lui l’exemple en l’accompagnant afin qu’il satisfasse sa curiosité et qu’il gagne en autonomie

– ne le critiquez pas et encouragez tous ses efforts

– ne le jugez pas personnellement (comme lui dire « tu es intelligent »). Préférez une appréciation sur ses actes

– valorisez ses efforts (je me répète mais c’est important) et donnez-lui le goût de se dépasser

– accordez-lui de l’attention

– posez-lui des petites questions pour dépister l’émergence des forces

– insistez sur son « droit à l’erreur ». « Tu as le droit et même le devoir de te tromper. C’est ainsi qu’on avance. »

– aidez-le à se fixer des objectifs (comme apprendre à faire un lacet ou se souvenir d’une table de multiplication)

 

 

 

 

Source : « Vivre la psychologie positive » de Martin Seligman

 


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