Un monde sauvage : un roman captivant au coeur de la Sibérie

Quelques empreintes de pattes dans la neige, une carcasse de daim abandonnée un peu plus loin… et Felitsa avait compris en un éclair à qui elle avait affaire. C’était bel et bien une tigresse que sa mère et elle venaient de repérer. Et à y regarder de plus près, une tigresse qui attendait des petits. En dépit de la fatigue et de la température glaciale, Felitsa ne regrettait plus d avoir accompagné sa mère dans sa tournée d’inspection. Alissa était garde forestière au bout du bout de la taïga russe, une zone de trafic intense avec la Chine voisine et un beau terrain de chasse pour les braconniers. De l’autre côté de la frontière, la dépouille d’un tigre de Sibérie valait des dizaines de milliers de dollars. Si Felitsa et sa mère avaient repéré la tigresse, les braconniers n’allaient pas tarder à faire de même. Il fallait trouver le moyen de sauver sa peau…

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« Un monde sauvage » est un roman captivant. Il nous emmène sur les pas d’une adolescente qui se questionne sur elle-même, doute de sa place dans un environnement social en mutation (tous ses camarades changent physiquement et psychologiquement), ressent pour la première fois l’amour et s’apprête à quitter le « cocon » familial pour continuer ses études dans la grande ville à quelques kilomètres de sa famille.

Cette transition profonde se déroule en parallèle d’une histoire presque mystique : celle de la protection d’une tigresse et de ses deux petits face à l’avidité de braconniers (dont un est le père d’un de ses camarades de classe). J’évoque le mysticisme car la magie est omniprésente en commençant par les magnifiques dessins du frère de Felitsa, autiste non diagnostiqué, qui font apparaitre des informations qu’il ne devrait pas connaitre.

Par moment, la nature semble même communiquer, comme si elle était « hantée » par des esprits.

La scène finale est le point d’orgue de ces manifestations étonnantes avec une tension à son paroxysme.

 

Ce roman de Xavier-Laurent Petit aidera les adolescents à retrouver confiance en eux, à l’image de l’héroïne qui finit par dépasser ses doutes pour s’affirmer.

Les valeurs telles que la nature, la solidarité et la famille réchauffent le coeur du lecteur malgré la rudesse du climat du récit !

Notons la place essentielles des livres et la présence symbolique d’une professeure, fumeuse invétérée,  d’apparence « froide » qui s’avérera décisive dans le destin d’une Felitsa en quête de nouveaux repères pour sa future vie.

 

Extrait :

Tapie sous les arbres, la bête guettait.
Voilà longtemps qu’elle n’avait rien mangé, longtemps qu’elle ne humait que l’odeur fade du froid et de la glace, mais la faim aiguisait sa patience. Elle savait attendre… Et ce matin-là, le jour neigeux qui se levait sur la taïga lui avait enfin apporté le fumet presque indécelable d’un daim.
La bête avait alors fait un long détour pour arriver à contrevent et, de loin, entre les troncs gris des mélèzes, elle avait observé l’animal et ses efforts inutiles pour atteindre l’herbe gelée, enfouie sous la neige. Son haleine fumait dans l’air glacé et les tremblements de son corps trahissaient sa faiblesse.
Les flocons lourds et serrés recouvraient peu à peu les neiges précédentes. Il ne restait qu’un silence cotonneux, à peine troublé par le bruissement des branches et le bruit feutré du daim qui s’obstinait en vain.
La peau parcourue de frissons et le museau ruisselant de glace, il s’était finalement reporté sur les écorces d’un bosquet de bouleaux isolés dont il déchiquetait de grands lambeaux du bout des lèvres. Tellement absorbé par sa faim qu’il en oubliait toute vigilance.
La bête approchait pas à pas. Elle ménageait de longues pauses lorsque le daim relevait la tête pour humer l’air glacé, attendait qu’il recommence à arracher des écorces pour repartir, se figeait à la moindre alerte… Elle se savait moins rapide depuis quelques semaines, mais sa proie était faible et elle avait tout son temps.
Le daim s’en prenait maintenant aux extrémités ligneuses d’un mélèze. La bête rampa encore sur quelques mètres. Aplatie contre le sol, elle frémissait de tous ses muscles. La neige s’accrochait à son pelage, étouffait les bruits et la rendait presque invisible. Seul un mince rideau d’arbres la séparait encore de sa proie.
Le goût aigre du bois qu’il mâchonnait emplissait les naseaux du daim. Une nourriture d’hiver, à peine suffisante pour le maintenir en vie.
Il arracha une nouvelle branche et avança de quelques pas.
La bête releva l’arrière-train, prête à bondir.

 

A partir de 12 ans

Un monde sauvage de Xavier-Laurent Petit est disponible sur amazon.fr

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