Jeux vidéo : amis ou ennemis ?

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Les atouts des jeux vidéo

Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, auteur du livre Qui a peur des jeux vidéo ?, voit 4 atouts des jeux vidéo pour les adolescents. Il les énumère dans la revue « L’école des parents » (n° de décembre 2013) :

1. Les jeux vidéo font diversion

Les jeux vidéo sont efficaces pour oublier les peines de cœur, les mauvaises notes, les disputes avec les parents, les incertitudes face à l’avenir. Serge Tisseron affirme :

« Les jeux vidéo peuvent offrir à l’adolescent l’opportunité de ne plus penser à ses problèmes pendant un moment, de les mettre entre parenthèses. »

« Les jeux vidéo sollicitent l’attention et la concentration de manière très forte car ils sont fondés sur une interaction permanente qui ne supporte pas le vagabondage de la pensée. »

2. Les jeux vidéo aident à quitter l’enfance

Pendant l’adolescence, l’enfant renonce à la prise en charge par ses parents et doit se constituer de nouveaux repères d’adultes. Serge Tisseron décrit le rôle des jeux vidéo comme tel :

« Les jeux vidéo dits de simulation [comme les Sims ou Second Life] permettent au jeune de se projeter dans l’avenir, de vivre virtuellement des situations que sans doute il rencontrera plus tard, ou dont il se demande s’il aimerait les vivre : s’installer dans un appartement, se mettre en couple, avoir un enfant, choisir tel ou tel métier… »

En outre, les jeux vidéo fondés sur la prise de risque permettent aux adolescents de vivre des sensations extrêmes, de se détacher de leurs parents et par là de leur enfance.

 

3. Les jeux vidéo sont un laboratoire pour se construire

Serge Tisseron estime que les jeux vidéo nécessitant la création d’un avatar sont un « laboratoire identitaire ». La démarche de création d’un avatar (choisir son sexe, son apparence, ses qualités…) représente une occasion pour le jeune de « se pencher sur les différentes facettes de son identité sans se sentir obligé d’en refouler certaines », notamment les plus noires ou ambivalentes.

Les jeux en réseau sont également un vecteur de socialisation fort à l’âge de l’adolescence.

4. Les jeux vidéo développent une agilité intellectuelle

Toujours selon Serge Tisseron, « le joueur développe des capacités à faire face à l’imprévisible ». Il est très formateur d’apprendre à décider dans un contexte d’incertitude (quelle stratégie pour gagner ? quelles épreuves à affronter ? comment déjouer les piège de l’adversaire ?), de s’entraîner à résoudre des problèmes et de comprendre les règles du jeu pour ensuite mieux les contourner ou les réinventer.

Par ailleurs, les jeux vidéo sollicitent l’intelligence visuelle et spatiale (la capacité à percevoir et à se représenter le monde). Les joueurs sont capables de se « repérer d’un coup d’œil sur un écran et de gérer les éléments épars dont on a besoin pour résoudre un problème ».

Mises en garde pour apprendre à tirer profit des jeux vidéo

Serge Tisseron prévient :

« Les avantages ne seront au rendez-vous que si le temps passé par un jeune à jouer reste modéré : entre 5 et 10 heures par semaine maximum. »

Les jeux vidéo ne doivent pas empiéter sur les autres activités essentielles de l’enfance et de l’adolescence, comme la pratique d’un sport ou la fréquentation d’amis.

Serge Tisseron ajoute :

« Un adolescent n’a pas toujours intérêt à fuir ses problèmes. Il doit aussi accepter d’y penser, les affronter. C’est la seule voie pour envisager des solutions et réussir à les surmonter. »

Les adolescents doivent aussi apprendre à garder une distance nécessaire avec les jeux de simulation et de prises de risque : on ne conduit pas un scooter sur la route comme sur la console !

Quant au procès fait aux jeux vidéo concernant l’exacerbation de la violence, Serge Tisseron affirme que « le risque de passage à l’acte existe mais il est largement atténué par un environnement protecteur. » L’implication des parents et la transmission de règles éducatives saines est donc primordiale.

Enfin, Serge Tisseron précise que les jeunes ne pourront bénéficier des effets bénéfiques des jeux vidéo que s’ils sont capables de prendre des décisions et des initiatives dans le jeu sans se laisser porter ou dominer par la console.

« Le jeu vidéo ne sera bénéfique que si le jeune est capable de créativité et de se raconter sa propre histoire dans le jeu. »

Or cette double capacité ne s’acquière que grâce à la lecture dès le plus jeune âge : lecture et jeux vidéo sont donc liés !

Quelle attitude parentale adopter pour renforcer les effets bénéfiques des jeux vidéo ?

L’implication des parents à travers la parole et les actes

Plus les parents inviteront le jeune à parler de ce qu’il expérimente et éprouve lorsqu’il joue, plus ce dernier pourra garder ses distances avec ce qu’il vit dans le jeu vidéo. Mais pour poser les bonnes questions sur ce que le jeune vit, sur les émotions qu’il éprouve en jouant, les parents doivent s’intéresser aux jeux préférés de leur enfant. Se renseigner sur un jeu en cours peut déjà être l’occasion d’un échange, d’un partage autour du centre d’intérêt du jeune, d’une « reconnexion » entre enfants et parents.

Le rappel des règles du bien vivre ensemble, de respect de soi-même et des autres préviendra le passage à l’acte violent dans la « vraie vie ». Ce rappel passe par l’exemplarité des adultes au quotidien : les enfants retiennent mieux nos faits et gestes que nos longs discours parentaux !

Attention à la privation de jeux vidéo

Dans le magazine Psychologies de janvier 2011, Serge Tisseron donne des conseils quant à la privation des jeux vidéo en guise de punition :

« Avant de priver un adolescent, mieux vaut se renseigner : s’il fait partie d’une guilde, il risque d’être exclu pour absence. Attendre qu’il aie le temps de prévenir les autres joueurs ou supprimer plutôt les jeux en solitaire sont de bons moyens de punir intelligemment ».

Quoiqu’il en soit, souvenez-vous des 4 R de la punition avant de passer à l’acte (revanche, rancœur, rébellion, retrait).

Limitation des jeux vidéo : 5 à 10 heures par semaine maximum

L’imposition d’une limite aux jeux vidéo ne sera réellement efficace que si elle est mise en place avec l’accord de l’enfant ou de l’adolescent. Il est par exemple possible de discuter avec lui de la plage horaire pendant laquelle il a le droit de jouer : à quel moment ? combien de temps ? sous quelle condition ? Si les règles sont mises en place de façon unilatérale par les parents, elles s’apparentent à une punition et à une preuve de manque de confiance. Les parents s’exposent alors de nouveau aux fameux 4 R de la punition.

Votre enfant est intelligent ! Si vous lui expliquez les risques d’un excès de jeux vidéo tout en le sollicitant pour qu’il puisse trouver AVEC vous des solutions d’auto régulation (par exemple lors d’un temps d’échange en famille), vous devriez réussir à limiter les frictions au moment du fatidique : « éteins la console s’il te plait ! »

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